En route vers le Chinois

Ce matin, la montagne est couverte de brume. Rien de nouveau! Le volcan subit les assauts du vent et de l'eau en quasi-permanence. Les précipitations atteignent parfois jusqu'à dix mètres d'eau par an. Voilà pourquoi la forêt a du mal à s'installer sur les flancs de la Pelée, constitués d'arbres rabougris. Brrr! Un chandail est de mise. À se demander ce que je fais ici, sachant que partout ailleurs sur l'île il fait beau et chaud. Il y a une heure à peine, je longeais la mer Caraïbe, dont la couleur azur se confondait avec le bleu du ciel. Quel changement!


Mais le moment est magique. Outre celui de gravir un volcan qui a su se montrer terriblement meurtrier en 1902, l'intérêt réside dans les étonnants paysages sommitaux. En contournant la caldeira, on ne peut s'empêcher de penser à l'éruption volcanique au début du siècle dernier. Malgré des signes précurseurs (mouvements telluriques, rivières gonflées, odeur de soufre et coulées de boue), les habitants de Saint-Pierre ne veulent pas croire au pire. Au matin du 8 mai 1902, la montagne explose pourtant dans un vacarme assourdissant.


L'onde de choc est d'une telle violence que les premières victimes sont littéralement pulvérisées par une pluie de roches. Le tout est suivi d'une nuée ardente qui s'abat sur la ville à une vitesse de 500 km/h et brûle tout sur son passage. En 90 secondes, 30 000 personnes et la plus belle ville des Antilles, alors capitale de la Martinique, disparaissent sous les cendres.


Le sentier emprunte une succession de ravinements et d'enrochements raides où il faut s'agripper de pierre en pierre. Les flancs sont jonchés d'herbe, de fougères et de framboisiers. De l'Aileron, par beau temps, on découvre une vue splendide sur Saint-Pierre à l'ouest, le massif des Pitons du Carbet au sud et la péninsule de la Caravelle à l'est. Je rejoins la caldeira par une crête qui monte en pente douce et se dirige sur les plateaux des palmistes.


La montagne Pelée doit son nom à son dôme dépouillé d'arbres. On domine maintenant le cratère formé par l'explosion de 1902. De là, on aperçoit les murailles des trois dômes nés d'éruptions successives: morne Lacroix à 1243 mètres, point culminant avant 1902; dômes jumeaux à 1362 mètres, formés lors de l'éruption de 1902; et le Chinois à 1397 mètres, issu de l'éruption de 1929, le point culminant de l'île.